Un séminaire en Italie peut prendre des formes très différentes, selon l'endroit où l'on atterrit. L'année dernière, la direction de mon entreprise m'avait envoyé à Milan, une ville que j'avais bien apprécié pour son dynamisme et son animation. Je pensais atterrir une fois encore dans une des grandes villes d'Italie : Florence, Rome ou Naples, peut-être. Le séminaire de cette année a cependant pris un visage très différent puisqu'on m'a cette fois envoyé dans les Abruzzes, dans le parc national de la Majella.
Le parc ne se caractérise pas tant par son caractère italien que par sa position loin du monde. Loin des plages bondées, loin de la foule. C'est un havre de paix formé de montagnes et de champs parsemés d’ermitages médiévaux. Ce parc national italien encercle le massif de Monte Amaro, le deuxième pic le plus haut de tout le massif des Apennins. Culminant à haute altitude, les montagnes de la Majella offrent elles-mêmes une grande variété de reliefs à arpenter. Au pied du massif, des champs et des forêts alpines cèdent peu à peu la place aux paysages semi-désertiques des sommets, constellés de neiges éternelles.
Au programme, bien sûr : des randonnées. Mes collègues et moi sommes partis de Decontra, un hameau montagnard à 810 m d’altitude. L'endroit jouit d’un panorama incroyable sur les prairies sauvages au sud de la gorge. De nombreux sentiers débutent à cet endroit, pour s'élancer à l’assaut des sommets ou paresser parmi les fleurs sauvages.
Nous avons pris une demi-journée pour crapahuter jusqu’à San Bartolomeo. Au terme d’un sentier rocailleux longeant les champs, nous avons ainsi traversé le plateau de Valle Giumentina débouchant sur ce sanctuaire médiéval. Les pistes ondulent entre les troupeaux de moutons et les chemins herbeux sont bordés de curieuses habitations coniques (désertées par les bergers). On dit qu’il y a des années, quand un missionnaire chrétien égaré s'aventurait dans les montagnes, ils se cachaient dans une grotte pour former une nouvelle faction.
On trouve d’autres ermitages en pierre en plongeant dans le monde de la gorge d’Orfento. En bas de la gorge, il y a bien sûr la rivière Orfento, avec ses rives ombragées cernées d'une verdure luxuriante et ses sentiers isolés longeant les eaux cristallines. L'endroit est absolument splendide et offre un très agréable sentiment d'isolement. Les endroits qui ne sont pas envahis par les touristes sont de plus en plus rares, et c'est pourquoi ce séminaire en Italie s'est-il avéré au final encore plus riche que celui de l'année dernière. Suivez le lien vers l’organisateur de ce séminaire en Italie si cette expérience vous intéresse.
vendredi 24 avril 2015
Vers la fin du socialisme ?
Nous assistons en direct à la disparition du socialisme, incapable d’entretenir des illusions et de nouer des alliances électorales, et balayé de son ancrage territorial.
Le socialisme, tel que l’incarne François Hollande, repose sur trois piliers. D’abord, la capacité à faire vivre des illusions : raser gratis, accroître le temps libre, créer de nouvelles allocations et toujours repousser les réformes essentielles. Ensuite, la constitution d’un maillage territorial très puissant, souvent mêlé de clientélisme, qui a permis à la Rue de Solferino de distribuer des mandats de manière à faire taire les divisions. Enfin, la prédisposition à nouer des alliances électorales, notamment avec la gauche de la gauche et les Verts.
Ces trois piliers sont en train de voler en éclats. Du côté des illusions, les socialistes ont été servis. Ils ont vécu pendant quelques mois en se récitant certains passages du discours du Bourget de janvier 2012. Ils ont mis leurs espoirs de côté pendant toute la durée du débat sur le “mariage pour tous” en croyant qu’il était plus important de changer la vie que d’améliorer les conditions de vie. Et une fois passé ce débat sociétal, ils se sont rendu compte que François Hollande les avait bernés, que la finance, loin d’être une ennemie, était une amie, que Bruxelles exigeait le gel des pensions et de la rémunération des fonctionnaires, et qu’il fallait maintenant passer à la caisse. C’est ce qui a provoqué la déroute aux municipales de 2014 puis, juste après, aux élections européennes.
Mais François Hollande continuait de croire à son incroyable baraka. “Monsieur 3 %”, comme on l’appelait au PS en 2011, a fait le pari que la droite allait se faire broyer par le Front national et que, faute de candidat “acceptable”, il serait en mesure d’affronter Marine Le Pen au second tour de 2017. Les terribles attentats de janvier lui ont même permis d’endosser enfin une stature présidentielle qu’il avait laissée au portemanteau de l’Élysée. Avec ces élections départementales, il voit se défaire sous ses yeux le maillage territorial si important pour un parti où les divergences sont si fortes qu’elles ne peuvent être dissoutes que dans la distribution de présidences de département ou de région. Dans quelques jours, la gauche, qui dirigeait 61 départements, n’en contrôlera plus qu’une petite trentaine. Après la perte de nombreuses grandes villes l’an passé et la défaite des régionales à la fin de cette année, ce scrutin marque la disparition du socialisme territorial.
Le dernier pilier du socialisme, depuis le congrès d’Épinay (1971), réside dans sa capacité à nouer des alliances. Ce qu’il n’a pas su faire pour ces élections départementales. Pour être bien présent de nouveau en 2017, François Hollande aurait besoin de se réconcilier avec les frondeurs, avec les Verts et avec la gauche de la gauche. Pour cette dernière, il ne se fait plus guère d’illusions. Jean-Luc Mélenchon et ses satellites ne se feront pas avoir deux fois de suite et préfèrent marcher sur les traces de Syriza, même si elles mènent à l’abîme, plutôt que de nouer un pacte faustien avec un président socialiste qui prend ses ordres à Bruxelles.
S’agissant des frondeurs, ce n’est pas plus simple, car il lui faudrait sinon changer de politique économique, du moins distribuer un peu de pouvoir d’achat. Or la croissance, si elle revient vraiment, reste trop timide pour envisager la moindre entorse à la politique de rigueur budgétaire. D’autant que les économies demandées par la Commission européenne pour 2015 ne sont pas encore financées. Quant aux Verts, ils sont bien trop gourmands pour que François Hollande parvienne à trouver la moindre entente avec eux. Si Manuel Valls n’était pas premier ministre, il pourrait transiger sur la question des sans-papiers, sur les projets de barrage ou d’aéroport. Mais les fidèles de Cécile Duflot posent en préalable à tout accord la fermeture d’un bon nombre de réacteurs nucléaires. Or c’est une mesure que la France ne peut assumer ni sur le plan technique ni sur le plan financier. Il n’y aura donc plus d’alliance avec les écologistes.
Le problème de la loi sur le renseignement
La loi sur le renseignement discutée à l'Assemblée nationale suscite de nombreuses craintes, venant aussi bien d'associations d'activistes du web que de syndicats, sur son éventuel caractère liberticide. Quelles sont les principales sources d'inquiétudes et sont-elles justifiées ?
Le problème c'est la création d'une autorité administrative indépendante qui n'a aucun pouvoir réglementaire. On pourrait espérer qu'une autorité qui contrôle les techniques de renseignements le fasse effectivement. Ce n'est pas le cas, elle sa cantonnera au terrain administratif à vérifier qu'un service habilité pour un motif prévu par la loi effectue une certaine technique de renseignement. C'est un contrôle en amont, mais tout l'enjeu quand on parle de renseignements se passe en aval. Par définition, l'information brute n'est pas encore analysée ni qualifiée comme renseignement utile.
Jusqu'à présent le projet de loi prévoit des durée de conservation selon le type de durée concernée. Cela peut-être court – 6 mois – pour les correspondances électroniques. Une conservation plus longue, un an, est faite pour les données de localisation. Quant aux données de trafic (les sites sur lesquelles vous vous rendez par exemple), elles, peuvent être gardées 5 ans. Ces durées s'ajoutent au temps que les acteurs privés (opérateurs de télécom, fournisseurs d'accès, éditeur de réseaux sociaux) doivent conserver des donées de leur utilisateur. De tout cela, l'autorité de contrôle n'aura un oeil que sur la validité de la demande, avant la collecte de données. Ensuite, il n'y aura pas de contrôle sur ce qui a été collecté et qui peut donc être gardé pendant 5 ans.
Il y a un premier décret passé le 24 décembre qui a mal été vécu car conçu en catimini, concernant les écoutes. La crainte était à juste titre car beaucoup faisait le paralèlle avec les Etats-Unis et le Patriot Act qui a mis toute la population américaine sur écoute. Mais en France, deux éléments nous protègent : primo, nous n'avons pas les moyens des services américains ; secundo, nous avions jusqu'au début des années 90 une des lois les plus laxistes en matière d'écoutes, mais suite aux affaires de la cellule de l'Elysée, Michel Rocard a fait voté en 1991 une loi plus restrictive et protectrice.
Ayant le texte de la loi en discussion, je ne suis pas particulièrement inquiet sur l'aspect liberticide, même si certaines dispositions peuvent interpeller : je pense notamment au placement sous surveillance sans qu'un magistrat donne son avis, avec un contrôle seulement a posteriori. Effectivement, il y a un risque. En outre, cette loi ne traite pas stricto sensu du renseignement, elle porte mal son nom. Elle encadre plutôt les méthode de recueil d'information par la police et les services du ministère de l'Intérieur, cela ne donne pas plus de pouvoir à la DGSE.
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