vendredi 24 avril 2015
Vers la fin du socialisme ?
Nous assistons en direct à la disparition du socialisme, incapable d’entretenir des illusions et de nouer des alliances électorales, et balayé de son ancrage territorial.
Le socialisme, tel que l’incarne François Hollande, repose sur trois piliers. D’abord, la capacité à faire vivre des illusions : raser gratis, accroître le temps libre, créer de nouvelles allocations et toujours repousser les réformes essentielles. Ensuite, la constitution d’un maillage territorial très puissant, souvent mêlé de clientélisme, qui a permis à la Rue de Solferino de distribuer des mandats de manière à faire taire les divisions. Enfin, la prédisposition à nouer des alliances électorales, notamment avec la gauche de la gauche et les Verts.
Ces trois piliers sont en train de voler en éclats. Du côté des illusions, les socialistes ont été servis. Ils ont vécu pendant quelques mois en se récitant certains passages du discours du Bourget de janvier 2012. Ils ont mis leurs espoirs de côté pendant toute la durée du débat sur le “mariage pour tous” en croyant qu’il était plus important de changer la vie que d’améliorer les conditions de vie. Et une fois passé ce débat sociétal, ils se sont rendu compte que François Hollande les avait bernés, que la finance, loin d’être une ennemie, était une amie, que Bruxelles exigeait le gel des pensions et de la rémunération des fonctionnaires, et qu’il fallait maintenant passer à la caisse. C’est ce qui a provoqué la déroute aux municipales de 2014 puis, juste après, aux élections européennes.
Mais François Hollande continuait de croire à son incroyable baraka. “Monsieur 3 %”, comme on l’appelait au PS en 2011, a fait le pari que la droite allait se faire broyer par le Front national et que, faute de candidat “acceptable”, il serait en mesure d’affronter Marine Le Pen au second tour de 2017. Les terribles attentats de janvier lui ont même permis d’endosser enfin une stature présidentielle qu’il avait laissée au portemanteau de l’Élysée. Avec ces élections départementales, il voit se défaire sous ses yeux le maillage territorial si important pour un parti où les divergences sont si fortes qu’elles ne peuvent être dissoutes que dans la distribution de présidences de département ou de région. Dans quelques jours, la gauche, qui dirigeait 61 départements, n’en contrôlera plus qu’une petite trentaine. Après la perte de nombreuses grandes villes l’an passé et la défaite des régionales à la fin de cette année, ce scrutin marque la disparition du socialisme territorial.
Le dernier pilier du socialisme, depuis le congrès d’Épinay (1971), réside dans sa capacité à nouer des alliances. Ce qu’il n’a pas su faire pour ces élections départementales. Pour être bien présent de nouveau en 2017, François Hollande aurait besoin de se réconcilier avec les frondeurs, avec les Verts et avec la gauche de la gauche. Pour cette dernière, il ne se fait plus guère d’illusions. Jean-Luc Mélenchon et ses satellites ne se feront pas avoir deux fois de suite et préfèrent marcher sur les traces de Syriza, même si elles mènent à l’abîme, plutôt que de nouer un pacte faustien avec un président socialiste qui prend ses ordres à Bruxelles.
S’agissant des frondeurs, ce n’est pas plus simple, car il lui faudrait sinon changer de politique économique, du moins distribuer un peu de pouvoir d’achat. Or la croissance, si elle revient vraiment, reste trop timide pour envisager la moindre entorse à la politique de rigueur budgétaire. D’autant que les économies demandées par la Commission européenne pour 2015 ne sont pas encore financées. Quant aux Verts, ils sont bien trop gourmands pour que François Hollande parvienne à trouver la moindre entente avec eux. Si Manuel Valls n’était pas premier ministre, il pourrait transiger sur la question des sans-papiers, sur les projets de barrage ou d’aéroport. Mais les fidèles de Cécile Duflot posent en préalable à tout accord la fermeture d’un bon nombre de réacteurs nucléaires. Or c’est une mesure que la France ne peut assumer ni sur le plan technique ni sur le plan financier. Il n’y aura donc plus d’alliance avec les écologistes.