mercredi 6 juin 2018

Un protectionnisme « intelligent » ?

En 2017, la Chine est devenue ce que l’administration Bush-père, au lendemain de Tien An Men (1989) souhaitait : une puissance commerciale qui s’imbrique dans le concert des nations par le « doux commerce » à la Montesquieu et se libéralise progressivement au contact des élites occidentales, à défaut de se démocratiser pour l’instant. Business as usual. Désormais, le 45ème président des Etats-Unis se heurte vis-à-vis de la Chine à cette même contradiction fondamentale que les Etats-Unis face à l’Europe après 1945 : aider l’Allemagne et l’Europe à se pacifier par le biais de l’économie, quitte à les transformer plus tard en des concurrents redoutables. Après avoir soutenu l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001, l’Amérique souffre indubitablement d’une rivalité déloyale (monnaie, environnement, droit du travail), alimentée sans vergogne par les propres délocalisations de ses entreprises nationales.  La Chine n’est, certes, pas la seule visée. En première ligne, bien sûr, le Mexique et le Canada se voient priés par Trump de réviser à la baisse certaines clauses du traité ALENA entré en vigueur en 1994. Ils acceptent la négociation, préférant un mauvais accord à la dénonciation intégrale de l’ALENA. Par contraste, la politique européenne, et spécialement allemande, favorise ouvertement les transferts d’activités jugées « non rentables » du vieux continent vers la Chine et l’Asie. La multiplication des lignes de chemin de fer entre la Chine et l’Europe, dont la Zhengzhou-Hambourg ouverte en 2017 (12 jours de trajet), renforcent la Chine comme atelier de l’Europe. Tant mieux pour le pouvoir d’achat des Européens. Tant pis pour leurs emplois. En Europe comme aux Etats-Unis, la légèreté du débat étonne. Trump ne se soucie pas de l’augmentation du prix des produits de consommation courante si on les relocalisait aux Etats-Unis. En face, le camp Clinton ne s’est guère interrogé sur le chômage dans les branches économiques dévastées par la concurrence des pays émergents. L’économie mondialisée est devenue un piège mortel pour ce qui reste de prolétariat dans les pays développés. La paupérisation apparaît inexorable : chômage de masse et/ou emploi précaire, et/ou baisse du pouvoir d’achat. A cela, ni Trump, ni les partisans du libre-échange complaisant n’apportent de réponse. En matière commerciale, la seule décision franche et nette est la répudiation du traité transpacifique négocié par l’administration Obama (et finalement… désavoué par la candidate Clinton). Signé avec une dizaine d’Etats asiatiques, le TRANSPAC aurait ignoré ostensiblement la Chine. Deux lectures semblent donc possibles. 1. Ou bien Trump n’a pas vu que le traité transpacifique aurait circonscrit la Chine en lui imposant des normes sociales, environnementales, techniques et surtout juridiques à l’avenir. 2. Ou bien, certes, cet accord eût imposé certaines normes américaines à l’Asie, mais le prix à payer pour l’économie des Etats-Unis serait resté encore trop élevé en maintenant des distorsions considérables pour l’industrie américaine.