mercredi 11 mai 2016

Au paradis


L'alchimie des mots

Souvent placés entre guillemets sur une grosse affiche de film ou de livre, ces mots doivent donner l'envie d'en savoir plus voire d'acheter le produit exposé. Ils présentent tous des points communs du point de vue linguistique et ont une réelle fonction sur le plan marketing. Les mots "brillant", "formidable", "sublime", "magnifique" sont très souvent utilisés pour commenter un film ou un livre. Sont-ils vraiment efficaces ? Pourquoi sont-ils si récurrents ? Quelles sont leurs caractéristiques ? Comment influencent-ils notre comportement de consommateur ? Quels sont les termes les plus efficaces pour faire vendre ? C’est une pratique américaine qui est plus récente en France. La question se pose en effet car, à première vue, ce sont des mots d’une grande banalité, qui peuvent paraître assez passe-partout. On remarque bien sûr qu’ils sont hyperboliques. Ils sont assez "neutres", aussi, dans le sens où ils ne disent rien de particulier, où s’exprimerait un vrai point de vue. Ceux que vous citez relèvent du champ esthétique, dont on peut supposer qu’il est très largement partagé, qui n’est pas "clivant", comme on dit, qui va dans le sens du consensus. Le champ des émotions fonctionne un peu de la même manière. "Emouvant", ou même "dérangeant", en apparence plus problématique, iraient dans le même sens. Je remarque la fréquence des mots en –ant : ceux qui évoquent une action, un effet à venir sur nous. Par ailleurs, le fait qu’il s’agisse de mots isolés en appelle à notre secret désir de juger rapidement, ou à notre envie de synthétiser une impression en un mot. Ces mots eux-mêmes évoquent en outre des idées ou des valeurs positives, enfin, du plaisir. Inconsciemment, nous projetons ces valeurs ou ce plaisir sur ces mots, avant de regarder précisément à quoi ils sont appliqués. C’est l’effet assez mécanique de la "louange" : on en retient toujours le plaisir de louer, ou de voir louer. A la dernière question, je répondrai : s’il y avait des recettes, ça se saurait ! Ce serait bien commode ! Certes il y a des bases, mais comme n’importe quel acte de langage, vanter un livre ou un film nécessite de la créativité. On ne peut pas en faire l’impasse. On ne peut pas faire l’économie de la recherche de justesse, non plus. Les mots eux-mêmes ne touchent pas, disons qu'on est prêt à les recevoir. Ces mots sont d'abords laudatifs, ils produisent un éloge, et si nous les entendons ainsi c'est que nous sommes prêts à recevoir l'éloge de ce qu'ils désignent. Les livres, des films, des spectacles, certaines cuisines, le Luxe. Ce qu'ils désignent est au fond ce à quoi nous donnons une valeur telle, ou du moins à certains de leurs exemplaires, que nous sommes prêt à leur donner une valeur transcendante et aristocratique, qui flatte l'idée que nous nous faisons de nous même. A défaut de créer nous avons au moins la qualité d'entendre, de regarder ce qui au fond dans un monde matériel ressemble le plus au divin. Ils ne nous influencent pas, ils nous révèlent!

jeudi 3 décembre 2015

Sous les rotors

Cela faisait un moment que je rouillais dans mon canapé, me laissant avoir par le quotidien. Métro, boulot, télé, dodo. Tel était mon credo depuis quelques temps. Où était passée ma soif d'expérience, d'aventures, d'activités nouvelles ? Où était passé le petit garçon qui voulait tout faire et tout savoir ? Du coup, j'ai décidé de réagir. Et la semaine dernière, j'ai donc réalisé une nouvelle expérience : un vol en hélicoptère à Paris. Une expérience bien sympathique que « le petit garçon qui sommeille en chacun de nous » a beaucoup apprécié. D'autant qu'elle était très différente de l'avion ! D'abord, ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est qu'on est moins confiné dans un hélico. Comme dans un avion, il est obligatoire de mettre sa ceinture de sécurité, mais il n’est pas obligatoire de porter un casque. Cependant, il vaut mieux en mettre un si vous voulez discuter avec le pilote, car avec le bruit ambiant dans la cabine, il faudrait beugler comme un âne pour tenir une conversation sans micro ! Côté sensations, en revanche, c'est beaucoup plus doux que dans un avion. A tel point que je ne me suis pas rendu compte tout de suite que nous avions quitté le sol ! En cours de vol, il y a bien eu quelques secousses, mais assez modérées ; un californien ne les aurait même pas remarquées ! En fait, c'est si calme qu'on en oublie vite où on se trouve pour profiter des paysages qui défilent lentement. Parce que c'est vraiment là, à mon sens, l'intérêt de l'aventure : la vue. Voir le monde depuis un hélicoptère est une expérience grandiose. Je connaissais déjà l'endroit, mais je dois dire que je l'ai vraiment redécouvert en l'observant depuis les airs. Il a pris une autre dimension. Surtout que l'appareil sait mettre à l'honneur le paysage : il y a en effet des vitres partout ! Le seul point noir, au final, c'est qu'en photo, ça ne rend absolument rien. Si vous faites un jour un vol en hélicoptère ne perdez pas votre temps à prendre des photos à tout-va. Non seulement le résultat sera décevant, mais en plus vous risquez de passer à côté de cette expérience. Ce qui serait franchement dommage, eu égard au prix et au peu de temps qu'il dure ! Je vous laisse le lien du prestataire de mon vol en hélicoptère, suivez le lien, si l’expérience vous tente.


La Turquie bombarde encore le PKK

Les avions de combat turcs ont frappé dans la nuit de vendredi à samedi sept objectifs des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans leurs bases arrières du nord de l’Irak, a confirmé le gouvernement dans un communiqué. Les opérations aériennes se sont également poursuivies contre le groupe djihadiste État islamique (EI) sur le territoire syrien, selon le texte des services du Premier ministre Ahmet Davutoglu, qui ne précise pas le nombre de cibles visées. « Des attaques ont été menées contre des objectifs du groupe terroriste Daech (acronyme arabe de l’EI) en Syrie et du groupe terroriste PKK dans le nord de l’Irak », ajoute le communiqué publié samedi matin sur le site internet du chef du gouvernement. Parmi les objectifs du PKK visés figurent des « abris, hangars, cavernes et installations logistiques remplies de munitions », selon le texte. Les autorités turques ont également indiqué que, en marge de l’opération aérienne menée par les avions F16 depuis leur base de Diyarbakir (sud-est), l’artillerie turque avait également ouvert le feu sur des objectifs de l’EI et du PKK. Longtemps critiquée pour son inertie vis-à-vis des groupes radicaux hostiles au régime syrien, la Turquie s’est résolument engagée dans la lutte contre le mouvement djihadiste en menant vendredi à l’aube un premier raid aérien contre le groupe djihadiste sur le territoire syrien. Ce changement de stratégie est intervenu dans la foulée de l’attentat suicide, attribué à l’EI, qui a fait 32 morts et une centaine de blessés lundi dans la ville de Suruç, près de la frontière syrienne. Depuis lundi, le PKK a multiplié les attaques contre les forces de l’ordre turques, en riposte a-t-il dit à l’attaque de Suruç qui a visé des jeunes militants de gauche proches de la cause kurde. Les frappes aériennes turques de vendredi soir menacent de faire voler en éclats le processus de paix engagé entre le gouvernement et les rebelles kurdes à l’automne 2012. Depuis plus de deux ans, un cessez-le-feu était globalement respecté entre les deux parties.

Ces parlementaires qui se baladent en Crimée

Sans doute ignorants de l’Histoire, huit parlementaires français, dont sept appartenant à l’aile le plus droitière du parti de Nicolas Sarkozy, ont rendu visite à la Crimée, défilant sans la moindre honte entre les murs d’un pays Potemkine soigneusement organisé pour leur faire croire que tout allait bien dans la région ukrainienne annexée par la force à la Fédération de Russie. Comme le fit, selon les historiens de l’époque, le ministre de la défense, le général Mikhaïl Sergueïvitch Potemkine, lorsqu’il « déguisa » la région en riche pays dépourvu de pauvres lors de la visite de l’impératrice Catherine II en voyage d’inspection en Crimée en 1787. Une vieille technique russe car elle fut souvent utilisée sous le régime communiste pour montrer l’Union soviétique sous un jour favorable aux délégations étrangères qui oubliaient volontiers les atteintes aux droits de l’Homme en mangeant le caviar et en buvant la vodka. Thierry Mariani, Jacques Myard, Claude Goasgen, Nicolas Dhuick, Patrice Verchère, Sauveur Gandolfi-Scheit, Marie-Christine Dalloz-Maylam, Joëlle Garriaud et quelques autres ont donc expliqué que tout les habitants de la Crimée (tous ceux qu’on leur avait fait rencontrer…) étaient contents de leur sort et du coup de force ayant arraché la région à l’Ukraine sous la pression de l’armée russe. Ils ont même ajouté qu’ils n’avaient rencontré aucun militaire dans les rues, ce qui tend à prouver qu’ils ne sont pas beaucoup sortis de leur hôtel avant d’aller faire révérence au Président de la Douma russe à Moscou. Au dernier moment, deux sénateurs avaient renoncé au voyage. Ils n’ont donc pas participé à la remise d’une médaille commémorative de l’Assemblée Nationale au « président » de Crimée désigné par Poutine, Sergeï Aksoyunov. Ils ont même rencontré un « représentant » heureux de la minorité Tatare alors que le responsable élu de cette communauté est interdit de séjour en Crimée et que la chaine de télévision qui les informait de façon indépendante a été fermé sur l’ordre de Moscou. Tandis que les membres de cette communauté subissent de plus en plus de la répression des nouvelles autorités alors qu’ils représentent entre 12 et 15 % de la population. Cette visite d’hommage à la Russie de Poutine rappelle à quel point les parlementaires qui se nomment désormais les « Républicains », sont attirés, comme leur patron Nicolas Sarkozy, voire fascinés, par l’Etat fort et autoritaire (pour ne pas dire plus) que représente actuellement une Russie où la chasse aux opposants est permanente et ou règne la loi des oligarques. Sans oublier la répression qui vise, à travers des textes de loi, les associations, les écologistes, les intellectuels et les homosexuels. Avec l’appui (et souvent à la demande) d’une église orthodoxe qui organise la dénonciation des « mauvaises mœurs » avec l’appui de l’Etat. Tandis que les petits tyrans de province assurent, comme le maitre du Kremlin, la disparition de ce qui reste de presse libre, fermant les rares médias indépendants les uns après les autres. Tout en laissant quelques homme s’affaires, nationaux ou régionaux, organiser le pillage des ressources naturelles. Comme en Crimée, bien sur. Il ne manque plus qu’une délégation du Front National pour (re)venir en Crimée proclamer sa fascination pour l’homme fort du Kremlin et exhiber ses fantasmes répressifs. Et une autre de ce qui reste de l’extrême gauche pour venir expliquer que, bon, Poutine n’est pas vraiment sa tasse de thé, mais que tout ce qui se passe dans la province occupée est la faute de l’Otan, de l’Europe, des Etats Unis ou de la CIA et que donc, il faut « comprendre », voir soutenir les Russes dans leurs efforts d’extension territoriale.

lundi 16 novembre 2015

Un paysage médiatique en pleine mutation

Contrairement à ce qu'ont voulu faire croire les chantres de la communication, le brand content n'a rien de nouveau. On peut trouver des exemples de brand content qui remontent à plus d'un siècle. Mais ce qui a véritablement changé ces dernières années, c'est qu'il commence à se généraliser. Et cela va selon toute probabilité bouleverser totalement le champ des médias. J'en ai encore eu la preuve récemment, lorsque j'ai assisté à un congrès à Madrid où la question a été abordée. Il n'y a encore pas si longtemps, l'imperméabilité entre le monde des marques et l'univers des concepteurs de contenus était une valeur sûre, et était appuyée par la loi. Cependant, l'introduction du contenu éditorial de marque, qu'il soit l'aboutissement d'une incorporation des marques à des contenus ou d'une création pure, conduit de fait à reconsidérer les affinités qu'entretiennent ces deux univers. Il faut donc imaginer de nouvelles manières de se guider dans ce monde de contenus composites, fruits de multiples créateurs, poursuivant des buts multiples, et s'habituer à côtoyer des contenus de plus en plus brassés. Il faut aussi s'habituer à rapprocher des acteurs qui sont d'une part multiples pour concevoir un contenu, et qui parlent d'autre part des « dialectes » distincts, issus de coutumes différentes. La coopération entre les auteurs et les marques n'est pas toujours chose facile, mais elle va vite devenir essentielle. Et on peut déjà présumer que les individus connaissant ces deux univers seront fort recherchés. :) Les producteurs de contenus ont donc tout intérêt à se former dès aujourd'hui pour gérer efficacement les problèmes afférents à une association avec les marques : collision culturelle entre l'art et les affaires, problèmes d'éthique, modalités de l'inclusion de la marque au sein du contenu, vues commerciales de la marque et impartialité de l'information... Autant de questions très épineuses, mais les exemples de brand content réussi montrent que ces questions peuvent être résolues. En tout cas, ce qui m'est apparu avec clarté lors de ce congrès à Madrid, c'est que les enjeux de la communication à venir ne seront sans doute pas tant de communiquer avec les acheteurs que de réussir que tous ces acteurs provenant de champs différents se rassemblent autour du contenu, et arrivent à communiquer les uns avec les autres. Et en la matière, je crois qu'il y a là un sacré travail. Pour en savoir plus, suivez le lien vers le site de l’organisateur de ce séminaire en Espagne, vous pourrez également vous inscrire pour la prochaine session.


Nouvelle campagne d'Espionnage US

Le scandale d'espionnage impliquant la NSA a été relancé en Europe. La presse vient de divulguer des informations indiquant que depuis longtemps, l'agence américaine n'écoutait pas seulement le téléphone de la chancelière allemande, mais aussi d'autres hommes politiques de premier rang du gouvernement allemand, dont certains ministres. Le site Wikileaks a rendu publiques des informations disant que la NSA espionnait une liste de 56 numéros de fonctionnaires et d'hommes politiques, dont Ronald Pofalla, qui était directeur de la chancellerie fédérale de 2009 à 2013. Le gouvernement allemand se refuse pour l'instant à tout commentaire au sujet des nouvelles informations sur les écoutes américaines. "Les informations publiées aujourd'hui montrent que la plupart des politiciens américains de premier rang étaient au courant des plans de la chancelière allemande pour surmonter la crise financière internationale et les problèmes des banques de la zone euro. La NSA a appris ce qu'elle pensait personnellement de la position d'Obama sur le nucléaire iranien en interceptant la conversation de Merkel avec le prince héritier des EAU Mohammed al-Nahyan", écrit le site Wikileaks. Cette conversation date de mars 2009. Selon Wikileaks, au total, les renseignements américains écoutaient 125 numéros clés, dont le numéro de portable personnel d'Angela Merkel, les téléphones des conseillers de la chancelière, du personnel de la chancellerie et même le fax. La NSA aurait également espionné les subordonnées des ex-chanceliers Gerhard Schröder et Helmut Kohl. "Une écoute aussi minutieuse de l'entourage de la chancelière constitue la raison pour laquelle les USA ont si facilement promis de cesser les écoutes d'Angela Merkel, mais ils ne peuvent pas en faire autant vis-à-vis d'autres membres de son gouvernement. La chancelière ne peut pas diriger un gouvernement en se parlant à elle-même", écrit Wikileaks. Plus tôt, ce site avait cité une liste initiale de 69 numéros écoutés par la NSA au moins jusqu'aux années 2010-2012 (la liste établie couvre cette période). D'après ces documents, les Américains écoutaient les conversations du ministre de l'Economie et vice-chancelier Sigmar Gabriel et du ministre des Finances Wolfgang Schäuble. De plus, on retrouve dans cette liste la ministre actuelle de l'Environnement Barbara Hendricks, l'ex-ministre de l'Economie Werner Müller et d'autres politiciens.